Quand on parle de relation avec le Coran, on imagine souvent un parcours fluide, une progression constante, presque linéaire. Pourtant, la réalité est souvent bien différente. L’apprentissage du Coran peut être semé d’embûches, entre frustrations, doutes et longues pauses involontaires.
Mon propre voyage avec le Coran est tout sauf parfait. Il a été jalonné d’échecs, de recommencements, de moments de découragement, mais aussi d’instants de grâce où j’ai senti mon cœur se rapprocher du Livre d’Allah, d'espoir et de motivation. Aujourd’hui, j’ai envie de partager cette histoire avec toi. Non pas parce qu’elle est exemplaire, mais parce qu’elle est sincère. Parce que, peut-être, elle fera écho à ton propre chemin.
À 18 ans, je me suis convertie à l’Islam, alhamdoulillah.
Très vite, j’ai voulu apprendre à lire le Coran. Sauf que… ce n’était pas aussi simple que ça. J’ai essayé plusieurs fois d’apprendre l’alphabet, mais je n’y arrivais pas. La prononciation, c’était un casse-tête (peut-être que c’est pour ça, aujourd’hui, que j’ai tenu à proposer une formation gratuite pour apprendre à lire. Parce que je sais à quel point les premières étapes peuvent être frustrantes...)
Plusieurs personnes m'ont aidé. Je pense à une soeur qui venait juste d'arriver du Sénégal, un frère qui donnait des cours à la mosquée. Bizarrement, je ne me souviens plus exactement du moment où j'ai enfin su lire.
Une sœur à la mosquée, Dalila (puis Fatima), a commencé à me suivre en cours privé. Elle m'aidait à mémoriser, sans tajwid, en avançant tant bien que mal. Pendant plusieurs années.
J’ai aussi suivi des cours intensifs de tajwid à la mosquée pour en apprendre la théorie, et plus tard, j’ai pris des cours en ligne pour la mise en pratique.
J’avançais à la vitesse d’un escargot. Ça m’énervait. J'ai mis des mois et des mois à mémoriser sourate al Moulk, alors qu'une de mes amies l'a apprise en peut-être deux semaines machallah (qu'Allah la préserve). J’ai mis plus de dix ans à mémoriser les deux derniers juzz. Dix ans. Et encore, pas avec une récitation parfaite...
Pendant des années, j’ai eu cette certitude au fond de moi : la seule chose que je pouvais espérer faire, c’était mémoriser le Coran (pas en entier hein, juste ce que je pouvais). Le comprendre ? Impossible. Ça me semblait hors de portée, tellement inatteignable que je ne me posais même pas la question d’apprendre l’arabe.
Et puis, fin 2009, une amie me parle de cours en ligne très efficaces pour apprendre l’arabe. Pour la première fois, j’envisage la possibilité d’apprendre. Je suis convaincue. J’attends juste de m’acheter un nouveau PC début 2010, et je m’inscris.
Ce fut un tournant dans ma vie. Je comprenais l’arabe ! Je comprenais le Coran quand je le lisais. Bon, pas tout hein. Il me manquait encore plein de vocabulaire, et plein de choses que je ne savais même pas qu’il me manquait. Mais j’avais franchi un cap.
Et chaque tarawih devenait une nouvelle étape. Chaque année, je pouvais mesurer mes progrès par rapport à l’année précédente. Chaque année, je me sentais plus proche du Coran.
Puis j’ai eu une prof, Aminata, qui a bouleversé ma façon de mémoriser. Elle m’a montré l’importance des révisions. Jusqu’ici, je les négligeais complètement. Grâce à elle, j’ai mis en place un programme de révision hyper structuré (avec un tableau Excel, et même des couleurs hahaha), tout un système qui m’a transformée dans ce domaine (et qui m’éclate encore aujourd’hui, je dois l’avouer !).
En 2011, je commence la mémorisation de sourate al Baqara.
Je voyage en Syrie (avant la guerre) et en Egypte. Je rencontre des gens qui ont tout quitté pour se consacrer à l'apprentissage, ça motive plus que jamais. J'y perfectionne aussi mon tajwid, à une époque où c'était compliqué de trouver des profs compétents en France.
Finir la mémorisation de sourate al Baqara me donne l'espoir fou de mémoriser le Coran en entier. Je comprends que c'est possible, même pour moi !
En 2013, je me marie et je me consacre quasiment exclusivement à la mémorisation alhamdoulillah. Grâce à ma compréhension de la grammaire arabe, j’avance plus vite (mais toujours lentement par rapport à d’autres).
Fin 2018, début 2019, je suis très éprouvée et je lâche tout. Même les révisions.
S’en suit une période chargée : un divorce, une reconstruction nécessaire, un remariage, un enfant… Et... Je n’ai toujours pas réussi à reprendre la mémorisation/révision (j'écris ces lignes début 2025 donc 6 ans après). Moi qui passais avec plaisir plusieurs heures par jour avec mon moushaf, je n'arrive même plus, depuis cette période, à tenir un programme quotidien de lecture.
C'est là que j'ai profondément compris le sens de l'invocation :
اللَّهُمَّ لَا تَفْتِنَّا فِي دِينِنَا
(Ô Allah ne nous éprouve pas dans notre religion)
Comme tu peux l'imaginer, c’est très culpabilisant.
Les bons jours, je me dis qu’Allah me laissera le temps de m’y remettre, et que je ne serai pas punie pour ça.
Les mauvais jours… Je préfère ne pas écrire ce que je pense de moi-même dans ces moments-là, ni les doutes qui m'envahissent.
Alhamdoulillah, j’ai au moins la chance d'avoir un travail qui me fait ouvrir le Coran, et qui le fait ouvrir aux autres.
Comme tu peux le constater, mon voyage avec le Coran est très loin d’être linéaire. Comme ma vie, j’ai envie de dire.
Quand je vois des gens qui mémorisent tout le Coran en un ou deux ans et qui poursuivent leur apprentissage/révision avec (plus ou moins de) constance, je me dis que mon voyage à moi est bien différent.
Les bons jours, je me dis que la récompense sera plus grande.
Les mauvais jours.......
Mais inchallah mon voyage avec le Coran ne s’arrêtera qu’à ma mort, bi idhni Allah.
Même si je ne suis pas en train de mémoriser aujourd'hui, c’est toujours dans mes do3as…
Qu'Allah me permette de mourir en mémorisant le Coran entièrement, en passant une grande partie de mes nuits à le réciter, et mes journées à le mettre en pratique.
Et qu'IL te le permette à toi aussi, qui a lu jusqu'ici.
Amine
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